L'effet-papillon provoqué par une moule

Agence France-Presse

Une petite moule européenne introduite accidentellement en Amérique du Nord dans les années 1980 affecterait la qualité et le goût de l'eau potable au Canada, selon des experts canadiens.

La moule zébrée (dreissena polymorpha) engendrerait une modification de la composition chimique de l'eau des lacs où elle est présente au Canada, encourageant la prolifération de cyanobactéries, indiquent ces experts de l'université Ryerson à Toronto dans une étude.

«Ce que cette étude comme d'autres suggèrent c'est qu'il existe une forte corrélation entre les moules zébrées et les cyanobactéries. Là où il y a des moules, la prolifération de cyanobactéries est plus fréquente, ce qui affecte la qualité et le goût de l'eau que nous buvons», explique l'un des auteurs, le professeur Andrew Laursen, dans cette étude publiée dans le journal Science of the Total Environment.

Certaines de ces cyanobactéries, appelées autrefois algues bleu-vert, sécrètent des composants chimiques qui modifient le goût de notre eau potable et créent des odeurs nauséabondes, écrit-il.

D'autres espèces de cyanobactéries émettent des toxines potentiellement nuisibles pour les humains, ajoute-t-il.

La présence de phosphore dans l'eau provoque aussi l'apparition de ces cyanobactéries, qui étaient très communes dans les années 1960 et 1970, avant que les phosphores ne soient interdits des détergents domestiques, souligne le M. Laursen, professeur de biologie et de chimie à Ryerson.

Les chercheurs ont montré que les moules entraînaient par leur présence une baisse des niveaux d'azote dans l'eau, sans modifier ceux des phosphores, créant ainsi des conditions propices à la prolifération des cyanobactéries.

La moule zébrée été introduite en Amérique du Nord, vers 1986, probablement à la suite du déversement des eaux de ballast d'un navire transatlantique provenant de la mer Caspienne ou de la mer Noire.