(Agence Science-Presse) – Plus vite et moins cher. Le premier décodage du génome humain, en 2001, avait pris plus d’une décennie et coûté 300 millions$. En octobre, une équipe chinoise annonçait y être parvenu pour un million$. Le mois dernier, une compagnie californienne annonçait l’avoir fait pour 100 000$. Ce mois-ci, une autre compagnie californienne annonce 60 000$. Qui dit mieux?

Et ces deux dernières compagnies, Illumina et Applied Biosystems, affirment n’avoir eu besoin que de quelques semaines. Des critiques ont rapidement remis en question la qualité de leurs décodages, mais il n’empêche que les délais raccourcissent de plus en plus, et avec eux, la taille de la facture.

On n’est plus loin du moment où des compagnies feront de la sollicitation téléphonique pour décoder votre génome, « à un prix défiant toute concurrence »...

« Il semble y avoir une tendance à publier des communiqués de presse contenant de grandes annonces pour vendre de l’équipement, mais sans publier de résultats », s’est plaint le mois dernier J. Craig Venter... lui qui s'est pourtant révélé être un expert en communiqués de presse (voir encadré). Sa compagnie a elle-même publié l'an dernier, à grands renforts de publicité, le décodage d’un génome (le sien!).

La compagnie californienne de février, Illumina, de San Diego, avait en effet publié un communiqué de presse avant même d’avoir rendu public ses résultats, portant sur l’ADN d’un « Africain anonyme » (elle n’a publié ses résultats que plus tard, dans le cadre d’un congrès). La compagnie californienne de ce mois-ci, Applied Biosystems, s’est également contentée d’un communiqué de presse (et son décodage porte également sur un « Africain anonyme »).
Ce n’est pas d’hier que les annonces spectaculaires autour du génome servent à faire fluctuer la Bourse. La toute première sur le décodage du génome humain, faite par l’entrepreneur Craig Venter en avril 2000, a été accusée d’être « un classique de la manipulation boursière », puisque le génome n’était pas véritablement décodé à ce moment.

Au fil des années, Venter a souvent laissé derrière lui une traînée d’ennemis pour sa façon peu scientifique de traiter le génome. Mais il est devenu millionnaire.

D’ordinaire, en science, la pratique veut qu’on dévoile les résultats d’abord (ou en même temps que le communiqué de presse), ne serait-ce que pour que d’autres experts puissent vérifier la validité de ce qu’on avance.

Ces annonces sont donc, avant toute chose, de bonnes publicités pour les équipements de séquençage du génome conçus par ces compagnies, et témoignent combien cette science du décodage est en voie d’être récupérée par les lois du marché. Même les Chinois d’octobre dernier, à l’Institut de génomique de Beijing, n’ont pas encore publié leurs résultats dans une revue dotée d’un comité de révision par les pairs.

Un bulletin spécialisé en technologies de laboratoire évalue le marché à question à 850 millions$ au cours des trois prochaines années.

Et sur la table, il y a même une récompense de 10 millions$ offerte à qui sera le premier à séquencer 100 génomes humains en 10 jours. Qui dit mieux?

Pascal Lapointe