Près de quarante mille personnes sont attendues, dimanche 10 mai, à la messe célébrée par le pape Benoît XVI au stade international d'Amman, en Jordanie ; plusieurs milliers de fidèles devraient assister aux célébrations prévues mardi 12 dans la vallée de Josaphat, à Jérusalem-Est, et mercredi 13 sur la place de la Mangeoire à Bethléem, en Cisjordanie ; quarante mille autres sont attendus à la grand-messe célébrée à Nazareth, en Israël, jeudi 14.
C'est en premier lieu pour cette minorité chrétienne de la région que le pape Benoît XVI a entrepris un "pèlerinage" d'une semaine, qu'il devait commencer vendredi 8 par une rencontre avec le couple royal de Jordanie, avant de poser, samedi, à Madaba, la première pierre d'une université catholique. "Je veux soutenir par ma présence les chrétiens qui habitent en Terre sainte", a-t-il déclaré à plusieurs reprises. "Je veux encourager (ces croyants) qui affrontent quotidiennement de nombreuses difficultés." Pour l'Eglise catholique, et pour la chrétienté en général, l'enjeu est de perpétuer et de consolider la présence chrétienne dans son berceau historique, aujourd'hui éclatée dans une région à forte majorité musulmane.
Résumant l'inquiétude du Vatican sur cette question, le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, s'alarmait en avril dans une lettre envoyée aux évêques du monde entier.
Dans cette missive, envoyée à l'occasion de la collecte du vendredi saint pour la Terre sainte, le cardinal Leonardo Sandri écrivait : "Les blessures infligées par la violence aggravent une émigration qui prive inexorablement la communauté chrétienne de ses meilleurs éléments d'avenir. Le berceau du christianisme risque de se retrouver privé de chrétiens."
Il y a quarante-cinq ans, déjà, lors de sa visite historique dans la région, le pape Paul VI avait émis la crainte que "les lieux saints ne se transforment en musées" suite à leur "disparition". "Certains observateurs prédisent qu'au siècle prochain la Terre sainte pourrait s'être entièrement vidée de ses chrétiens", écrit encore René Guitton, dans son récent ouvrage au titre évocateur, Ces chrétiens qu'on assassine (Flammarion). Observateur averti et militant, l'auteur relève, dans les territoires palestiniens, notamment, "une hémorragie lente mais certaine".
Ces cris d'alarme récurrents venus des milieux religieux s'appuient sur une réalité : la proportion de chrétiens dans les pays de la région ne cesse de baisser et, en moyenne, ils ne représenteraient plus que 2 % à 3 % des populations locales, exception faite du Liban où les chrétiens, toutes Eglises confondues, constituent encore une forte minorité.
La vitalité démographique des familles chrétiennes, inférieure à celle de leurs voisins musulmans, et l'émigration régulière expliquent cette tendance. Observé partout, le phénomène demeure toutefois difficilement chiffrable.