Des réflexions sur la mutualisation de la dette sont dans l'intérêt de certains participants de marché mais méneraient l'Allemagne à la médiocrité. La médiocrité ne doit pas devenir l'étalon

Angela Merkel;Chancelière allemande

La chancelière allemande estime par ailleurs qu'opposer la croissance à la rigueur budgétaire est "un faux débat". Des déclarations qui interviennent peu de temps après une entretien avec son homologue français, tandis qu'un Eurogroupe se prépare en prévision du G20.

La chancelière allemande Angela Merkel a déploré vendredi un "manque de confiance entre les acteurs" de la zone euro et estimé qu'opposer la croissance à la rigueur budgétaire était "un faux débat".

"C'est n'importe quoi" d'opposer ces concepts, a déclaré Mme Merkel à Berlin devant la fédération des entreprises familiales allemandes, martelant que l'Allemagne "ne se laissera pas convaincre par des solutions rapides comme les euro-obligations" notamment. "

Des réflexions sur la mutualisation de la dette sont dans l'intérêt de certains participants de marché mais méneraient l'Allemagne à la médiocrité. La médiocrité ne doit pas devenir l'étalon

L'Europe doit entamer une discussion sur le fossé croissant qui existe entre La France et l'Allemagne, a déclaré vendredi Angela Merkel, en réaffirmant son opposition à toute forme de mutualisation de la dette en Europe.

"La stabilisation de l'euro est pour nous une tâche primordiale Une croissance financée par de nouvelles dettes n'est pas viable et ne ferait qu'aggraver les problèmes".

"L'Europe doit discuter des différences croissantes entre les économies française et allemande", a-t-elle dit, ajoutant que l'Allemagne est le "pôle de stabilité et le moteur de la croissance" en Europe.

PAS DE FRONT "ANTI-MERKEL"

Peu avant ces déclarations, le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault avait rejeté vendredi toute idée d'un front des pays du Sud de l'Europe pour isoler Angela Merkel dans les discussions sur les mesures à prendre pour sortir la zone euro de la crise.

"Ce n'est absolument pas ma position et ce n'est pas celle de la France", a déclaré Jean-Marc Ayrault sur Europe 1 au lendemain d'une rencontre à Rome entre le président François Hollande et le président du Conseil italien Mario Monti.

Il s'est ainsi efforcé de dédramatiser le débat franco-allemand, qui a parfois semblé prendre un tour acrimonieux, depuis l'élection du successeur socialiste de Nicolas Sarkozy, avec qui la chancelière constituait le couple "Merkozy".

A deux jours du second tour d'élections législatives qui devraient donner une majorité confortable à François Hollande, l'UMP, désormais dans l'opposition, a de nouveau accusé le PS et ses dirigeants de mettre à mal les relations franco-allemandes.

La secrétaire nationale de l'UMP Camille Bedin dénonce ainsi dans un communiqué des "propos honteux et violents" à l'égard du gouvernement allemand et de son chef.

"Ce n'est pas parce qu'ils ne partagent pas les positions de la chancelière Angela Merkel qu'ils sont obligés de saborder le couple franco-allemand", écrit-elle notamment.

Elle se réfère notamment à des propos du ministre français du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui a accusé jeudi la chancelière de faire montre d'"aveuglement idéologique", et à un commentaire, le même jour, du Premier ministre.

Lors d'un déplacement en province, Jean-Marc Ayrault avait invité Angela Merkel à ne pas "se laisser aller à des formules simplistes" face à une situation "critique".

"RESPONSABILITÉ COMMUNE"

"Il faut prendre les choses avec sérieux et courage", avait-il ajouté, en réponse à la chancelière, qui a lancé jeudi, dans un discours au Bundestag, une mise en garde contre les "recettes miracle" à court terme et les solutions de facilité.

Angela Merkel faisait allusion aux euro-obligations et à un mécanisme de garantie des dépôts des banques proposés par nombre de ses partenaires, dont François Hollande. Elle a aussi plaidé de nouveau pour une intégration politique européenne plus forte.

Jean-Marc Ayrault a assuré vendredi que ses commentaires de la veille ne s'adressaient pas spécialement à Angela Merkel mais "à tous les Européens, tous les leaders européens".

Chercher à isoler Angela Merkel pour la faire plier "serait une grave faute politique qui n'aboutirait à aucune solution", a ajouté le Premier ministre français, qui a au contraire jugé nécessaire "un dialogue plus fort encore" entre Paris et Berlin.

Il a néanmoins de nouveau défendu la vision française de nouveaux outils financiers de soutien à la croissance économique européenne et à l'euro, exposée la veille à Rome par François Hollande (voir ). Et s'il a jugé "souhaitable" la perspective d'une union politique plus forte demandée par Angela Merkel, il a estimé qu'il faudrait "du temps pour y parvenir".

"Il y a des préalables", a-t-il dit. "Le préalable c'est à la fois de maîtriser nos déficits et de relancer la croissance."

UN RÔLE ACCRU POUR LA BCE

Les positions se figent ainsi entre Paris et Berlin à deux jours des élections législatives en Grèce qui sont susceptibles de déterminer du maintien ou non d'Athènes au sein de la zone euro.

En revanche, Paris et Berlin sont sur la même longueur d'onde concernant un rôle plus actif à accorder à la Banque centrale européenne dans la supervision du secteur bancaire en Europe.

"Nous devons réfléchir à une supervision bancaire qui ne soit pas sous le contrôle des intérêts nationaux mais qui soit indépendante. Ce rôle pourrait être tenu, par exemple, par la Banque centrale européenne", a dit Angela Merkel.

La chancelière se montre très critique vis-à-vis des tests de résistance ("stress tests") menés par l'Autorité bancaire européenne. A ses yeux, ces tests n'ont guère été pertinents parce qu'ils ont été menés par des autorités nationales soucieuses de minimiser les problèmes des établissements qui dépendent d'elles.

Dans une tribune publiée mardi par le Wall Street Journal Europe, le gouverneur de la Banque de France allait dans le même sens qu'Angela Merkel.

Notant que la Réserve fédérale des Etats-Unis est devenue un "superviseur systémique", Christian Noyer estime que "la BCE et les banques centrales nationales des 17 membres de l'eurosystème devraient être pareillement habilitées à superviser les institutions avec une présence ou des activités transfrontalières significatives".